Le référentiel HVE : principes généraux d’évaluation environnementale

La certification HVE repose sur un cahier des charges officiel, structuré autour de quatre grandes thématiques :

  • Biodiversité
  • Stratégie phytosanitaire
  • Gestion de la fertilisation
  • Gestion de la ressource en eau

Deux voies permettent d’accéder à la certification : la voie A (obligations de moyens, basée sur le respect de bonnes pratiques) et surtout la voie B (obligations de résultats, reposant sur des indicateurs chiffrés précis à atteindre). Aujourd’hui, la voie B s’impose progressivement comme la référence, plus transparente et objectivable.

Les 4 piliers HVE et leurs indicateurs de performance clés

L’évaluation de la performance environnementale par le référentiel HVE via la voie B se fait à travers une batterie d’indicateurs mesurés sur l’exploitation. Ces indicateurs, détaillés ci-dessous, sont regroupés par « pilier », chaque pilier comportant ses propres seuils minimaux à atteindre.

Pilier Indicateurs principaux Seuils à atteindre
Biodiversité
  • Indice de Diversité des Espaces Agricoles(haies, bandes enherbées, bosquets, mares, etc.)
  • Part des infrastructures agroécologiques (%)
>10% de la SAU en IAE (Infrastructures Agro-Écologiques) ou ≥5 types d’éléments paysagers
Phytosanitaires
  • Nombre de traitements phytosanitaires
  • Indice de Fréquence de Traitements phytosanitaires (IFT)
  • IFT global < 1 pour la majorité des systèmes
  • Respect règlementaire des doses maximales autorisées
Fertilisants
  • Unité d’azote minéral apportée/ha
  • Bilan azoté
Apport d’azote minéral ≤ 140 unités/ha/an (selon cultures)
Eau
  • Part de la surface irriguée
  • Suivi de la ressource et des économies réalisées
Bonnes pratiques de gestion de l’irrigation demandées

Ces seuils sont adaptés en fonction des différentes filières (vigne, grandes cultures, arboriculture, etc.) et régulièrement révisés par le ministère de l’Agriculture. Le détail des référentiels chiffrés est accessible sur le site officiel du ministère (agriculture.gouv.fr).

Outils concrets pour la mesure et le suivi : du tableau de bord à la télédétection

Afin de mesurer et piloter la performance environnementale selon le référentiel HVE, différents outils existent, des plus traditionnels aux plus technologiques.

1. Registres d’exploitation et tableurs de calcul

La base reste le fameux registre d’exploitation : un cahier ou, de plus en plus souvent, un fichier informatique centralisant les données : intrants utilisés, nombre de traitements, apports d’engrais, surfaces en IAE, etc. L’utilisation de tableurs (Excel, LibreOffice Calc) s’est généralisée, permettant des calculs automatiques de bilans azotés, d’IFT, ou de pourcentages d’infrastructures.

2. Outils et logiciels d’aide à la décision (OAD)

  • Outils de calcul automatique de l’IFT : Par exemple, Outils Agribio06 propose un calculateur pour la viticulture.
  • Bases de gestion parcellaire : Logiciels type Smag Farmer, Mes Parcelles, Agreo… offrent des modules de suivi environnemental intégrés pour automatiser le suivi et croiser les indicateurs avec des cartes des parcelles.

3. Télédétection, cartographie SIG, et relevés terrain

  • Cartographie des IAE : Le recours à la télédétection (imagerie satellite, drones, SIG) pour cartographier bosquets, haies, arbres isolés, etc., rend les diagnostics de biodiversité plus fiables. Les plateformes comme GéoFoncier, Géoportail, ou des SIG dédiés facilitent le repérage et le chiffrage précis des surfaces en IAE.
  • Relevés GPS : Les exploitants équipés de GPS agricoles peuvent inventorier facilement les éléments de biodiversité, ce qui simplifie l’audit lors du passage du certificateur.

4. Plateformes nationales et calculs en ligne

  • HVE-Plateforme : Plusieurs chambres d’agriculture départementales ou régionales ont développé des plateformes d’autoévaluation en ligne, telles que celle de la Chambre d’agriculture du Tarn, permettant de simuler la capacité de son exploitation à atteindre les seuils HVE.

Zoom sur les seuils et indicateurs : exemples pratiques et cas concrets

La force du référentiel HVE repose sur sa précision chiffrée. Voici quelques cas concrets d’indicateurs analysés lors de l’audit HVE :

  • Biodiversité : Une exploitation viticole bordelaise de 15 ha, avec 2 ha de prairies permanentes, 0,6 ha de bosquets, 0,3 ha de mares et 700 m de haies, cumule 13 % de sa SAU en IAE, dépassant ainsi clairement le minimum requis de 10 %.
  • Phytosanitaires : En grandes cultures, l’IFT moyen national en blé tendre conventionnel était proche de 3,4 (source : ARVALIS 2022). Les exploitations HVE doivent atteindre un IFT inférieur à 1, exigeant une réduction de plus des deux-tiers, généralement en s’appuyant sur la diversification des cultures et l’agriculture de conservation.
  • Apports azotés : En viticulture, le seuil de 60 U/ha d’azote minéral est généralement observé, alors que certaines régions céréalières oscillent autour de 120 à 130 U/ha pour du blé tendre, valeurs à surveiller pour ne pas dépasser les plafonds HVE établis par filière.

Performance HVE : données nationales et évolution

La montée en puissance du label est notable : en mars 2024, plus de 38 000 exploitations françaises étaient certifiées HVE (FranceAgriMer), représentant environ 10 % de la SAU nationale. L’Institut de l’Élevage observe une réduction en moyenne de 47 % de l’IFT sur les exploitations ayant engagé une transition HVE, et une augmentation de la diversité des habitats faunistiques (+18 % d’éléments linéaires comme les haies ou bandes enherbées).

À noter également que le suivi HVE est désormais intégré dans la conditionnalité des aides de la PAC, rendant ces indicateurs centraux dans la stratégie agricole hexagonale (source : Ministère de l’Agriculture).

Limites et perspectives : entre objectivité, transparence et adaptation aux filières

Si les outils HVE se veulent robustes, plusieurs voix s’élèvent sur l’harmonisation des référentiels selon les filières, notamment en arboriculture, où l’enjeu de l’IFT reste difficile à atteindre face à des pressions fongiques élevées. Les retours terrain montrent l’importance de combiner diagnostic chiffré et accompagnement technique, notamment pour les petites exploitations moins équipées technologiquement.

Par ailleurs, la digitalisation du suivi et l’essor de l’agriculture de précision ouvrent des perspectives nouvelles pour rendre l’audit HVE encore plus fiable et moins chronophage. Anticiper l’évolution des seuils, intégrer de nouveaux indicateurs (stockage de carbone, utilisation des énergies renouvelables), feront partie des défis pour l’avenir du label.

Vers un pilotage de la performance environnementale toujours plus exigeant

L’évaluation environnementale selon le référentiel HVE s’appuie sur des indicateurs chiffrés exigeants et des outils d’enregistrement de plus en plus sophistiqués. Ces exigences, très concrètes sur le terrain, répondent à la volonté d’objectivité et de transparence recherchée par l’ensemble des parties prenantes. Leur appropriation, tant par les agriculteurs que par les accompagnateurs techniques, est un levier essentiel pour la montée en gamme et la reconnaissance des produits issus de nos terroirs.

Tantôt leviers de différenciation commerciale, tantôt moteurs d’innovation agronomique, ces indicateurs font émerger une nouvelle culture « d’audit environnemental », désormais indissociable du secteur agroalimentaire français. Reste à les adapter sans cesse aux évolutions techniques, climatiques et sociétales, pour garantir la cohérence et la crédibilité de l’engagement environnemental français.