Comprendre la certification HVE : un enjeu pour la viticulture française
La Haute Valeur Environnementale (HVE) s’impose depuis quelques années comme un label phare pour les exploitations viticoles françaises désireuses d’affirmer leur engagement environnemental. Selon Agence BIO, en 2023, plus de 4 200 exploitations viticoles détenaient la certification HVE, couvrant près de 15% des surfaces viticoles françaises (source : Ministère de l’Agriculture). HVE répond à la fois aux attentes sociétales croissantes et à la nécessité, pour la filière, de s’aligner sur les exigences réglementaires et marchandes, en France comme à l’export.
Le cahier des charges HVE valorise une agriculture qui préserve la biodiversité, réduit l’usage des intrants et gère durablement les ressources naturelles. La démarche s’articule autour de critères précis, et s’accompagne de contrôles rigoureux. Quelles sont donc les étapes essentielles pour un domaine viticole souhaitant réussir sa certification HVE ?
Étape 1 : Se former et réaliser un état des lieux initial
Avant toute demande de certification, il est fondamental de comprendre les tenants et aboutissants du référentiel HVE. Il existe trois niveaux distincts, mais seul le niveau 3 permet de revendiquer le logo HVE sur ses bouteilles (cf. INAO, 2023).
- Se former : De nombreux organismes proposent des formations dédiées HVE. Le réseau Chambres d’Agriculture, l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), ainsi que les fédérations régionales apportent conseils et sessions de sensibilisation. Participer à ces ateliers permet de comprendre les critères d’évaluation et les enjeux pratiques.
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État des lieux initial : Il s’agit de réaliser un autodiagnostic complet de l’exploitation. Cette étape analyse de manière précise :
- La biodiversité présente : haies, zones de non-traitement, pâturages, mares, bosquets.
- La gestion de la fertilisation : suivi des apports, plans de fumure, techniques alternatives.
- La protection phytosanitaire : recensement des traitements réalisés sur trois ans.
- La gestion de l’eau : relevés d’irrigation, bilan des consommations, dispositifs d’économie d’eau.
Un conseil : archivage précis et suivi historique des interventions permettent d’anticiper les points d’amélioration (carnets de vignes, bilans parcellaires, tableaux des intrants).
Étape 2 : Choisir la voie d’accès à la HVE : système de points ou obligations globales
Le référentiel HVE propose deux pistes principales pour accéder au niveau 3 (Arrêté du 8 février 2019, modifié en 2023) :
| Voie n°1 | Voie n°2 |
|---|---|
Respect de 4 indicateurs-clés obligatoires :
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Système de points : obtention de 10 « points » sur un total de 20, combinant les résultats des 4 indicateurs. Les exploitations peuvent compenser une faiblesse sur un critère par une performance sur un autre. |
Le système de points est particulièrement adapté aux petites structures ou à celles non engagées sur des pratiques alternatives (e.g. enherbement total, couverts végétaux) sur toute la surface. Le choix dépend de la configuration du domaine et de ses marges de progression.
Étape 3 : Mettre en œuvre un plan d’actions adapté
Les audits révèlent souvent des marges de progrès. Plusieurs ajustements peuvent être nécessaires avant d’atteindre la conformité HVE. Voici les leviers majeurs sur lesquels agir, souvent cités par les auditeurs :
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Biodiversité : Multiplier les infrastructures agroécologiques. Selon l’IFV, en Bourgogne, le nombre moyen de mètres linéaires de haies par hectare a bondi de 36% chez les domaines certifiés HVE en 2023.
- Installer ou préserver des haies champêtres, arbres isolés.
- Favoriser la présence de bandes enherbées ou fleuries, gîtes à insectes, mares, murets de pierres sèches.
- Entretenir des couverts végétaux permanents, notamment entre les rangs.
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Phytosanitaire : Diminuer l’usage de produits CMR (cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques) et rayer tout recours aux substances interdites par le référentiel.
- Calculer l’indicateur IFT (Indice de Fréquence de Traitements) sur les trois dernières campagnes. Objectif HVE : souvent < 50% de l’IFT de la référence régionale pour l’année concernée.
- Favoriser la prophylaxie (ébourgeonnage, effeuillage), l’usage de biocontrôles, la confusion sexuelle, les traitements alternatifs.
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Fertilisation : Optimiser la dose et le mode d’apport d’engrais.
- Justifier chaque apport par des analyses de sol ou de feuilles récentes.
- Limitation stricte des apports azotés minéraux.
- Favoriser l’apport de matières organiques, composts, amendements naturels labellisés.
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Eau : Réduire la pression sur la ressource, éviter le lessivage de produits.
- Méthodes de goutte à goutte, horaires d’irrigation adaptés.
- Collecte des eaux de pluie, bassins de décantation, dispositifs anti-contamination.
- Zones tampons non traitées autour des points d’eau.
Un audit à blanc, réalisé par un consultant HVE ou en auto-diagnostic approfondi, permet d’identifier si tous les seuils sont atteints avant l’audit officiel.
Étape 4 : Préparer la documentation et choisir son organisme certificateur
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Constituer le dossier HVE :
- Plans de parcelles, cartes des infrastructures agroécologiques.
- Registre phytosanitaire et de fertilisation sur 3 ans, preuves d’achat des produits, factures.
- Comptes rendus de réunions, plans d’actions, relevés d’eau, analyses régulières de sol et feuille.
- Choisir l’organisme certificateur : Plusieurs organismes agréés par le Ministère de l’Agriculture procèdent aux audits HVE (e.g. Ocacia, Bureau Veritas, Certis, Agrocert). Leurs tarifs varient : en moyenne, 700 à 1100 € par audit initial pour une exploitation viticole de taille moyenne (Source : Agence BIO, 2023). Les frais sont à prévoir tous les 3 ans pour le renouvellement.
Étape 5 : Réussir l’audit et obtenir la certification
L’audit officiel comprend :
- Un examen documentaire approfondi : vérification des pratiques déclarées et des preuves matérielles.
- Une visite terrain : inspection de l’exploitation pour vérifier la conformité du terrain aux indicateurs (présence de biodiversité, gestion des intrants, stockage des produits phytosanitaires, etc.).
Chaque point du référentiel fait l’objet d’une analyse ; un audit dure en général une demi-journée à une journée, selon la taille du domaine.
En cas de non-conformité partielle, un délai de mise en conformité est accordé (habituellement de 6 mois à 1 an) : un nouvel audit ou une analyse documentaire peut alors intervenir.
Une fois la certification obtenue, le logo HVE devient valorisable sur les supports de communication et les étiquettes de vin.
Quels bénéfices concrets pour la filière viticole ?
L’engagement HVE n’est pas un simple atout marketing : il ouvre l’accès à plusieurs avantages concrets pour les exploitations :
- Reconnaissance : la HVE, désormais mention possible sur la plupart des AOC et IGP, renforce la confiance des importateurs, cavistes et consommateurs. En 2023, 72% des consommateurs français jugent important l’affichage d’un label environnemental sur le vin (Source : Observatoire CNIV).
- Aides financières : plusieurs Régions et l’État proposent des subventions pour couvrir une partie des investissements nécessaires à la certification (soutiens « FranceAgriMer », FEADER, aides structurant l’achat de matériel bas-intrant, etc.).
- Accès à certains marchés : certains marchés publics ou contrats de la grande distribution requièrent désormais la certification HVE ou équivalente.
- Optimisation environnementale : réduction des charges d’intrants, meilleure gestion de l’irrigation, valorisation des bonnes pratiques existantes.
À noter que l’accès au label est compatible avec d’autres démarches : 46% des domaines certifiés HVE étaient également engagés en bio ou en conversion en 2023 (INAO, 2024).
Pour aller plus loin : conseils pratiques pour une transition HVE sereine
- Impliquer toute l’équipe : informez et formez les salariés, vignerons, saisonniers sur les enjeux et évolutions des pratiques à chaque étape. Un pilotage collectif est souvent la clef d’une certification efficace et pérenne.
- S’inspirer de cas concrets : le domaine Les Équilibristes (Entre-Deux-Mers) a valorisé plus de 350 mètres de haies replantées et transformé ses vignes en hautes herbes. Leur IFT a baissé de 40% en trois ans, principalement via la confusion sexuelle et l’enherbement. (source : Vitisphere, juillet 2023)
- Capitaliser sur la communication : la valorisation du label en salon, à l’export ou en communication directe auprès des visiteurs du caveau est un avantage compétitif non négligeable.
- Anticiper le renouvellement : le suivi des indicateurs doit être continu – ne pas attendre la dernière minute pour vérifier la conformité de chaque poste.
Outils, ressources et actualités à surveiller
- Sites à consulter : Ministère de l’Agriculture, IFV, INAO.
- Actualités : Depuis 2023, la mention HVE sera progressivement intégrée dans le dispositif EcoRégimes de la PAC : cela implique, à l’avenir, une convergence entre HVE et exigences européennes.
- Échanges entre pairs : Les réseaux sociaux professionnels, les Groupements de Développement Agricole (GDA) locaux, et les syndicats de vignerons sont des lieux précieux pour échanger sur les retours d’expérience et bonnes pratiques.
Vers une viticulture française durable et reconnue
La certification HVE représente bien plus qu’une simple formalité administrative : elle s’inscrit dans une dynamique vertueuse où la valorisation des patrimoines paysagers rencontre l’attente de qualité et de transparence de la filière viticole française. Les exploitations engagées y trouvent une reconnaissance croissante sur le marché national comme international, tout en approfondissant leur démarche agroécologique. Une transition vers le HVE, solidement préparée et adaptée à l’identité du domaine, constitue un investissement d’avenir à la fois pour le terroir, pour la réputation et pour la pérennité de l’exploitation.