Pourquoi engager une démarche HVE ?
La certification Haute Valeur Environnementale (HVE) a été créée en 2012 dans le cadre du Grenelle de l’Environnement. Elle répond à une ambition double : reconnaître les exploitations les plus vertueuses sur le plan environnemental et valoriser leurs produits auprès des consommateurs. Or, au-delà du label, la mise en œuvre concrète d’une démarche HVE s’inscrit dans une dynamique plus large de transition écologique. En France, l’objectif de 50 000 exploitations certifiées à l’horizon 2030, affiché par le gouvernement en 2022 (Ministère de l’Agriculture), montre l’ampleur du défi et de l’enjeu pour les filières agricoles et viticoles.
Plus que jamais, le choix d’engager une démarche HVE participe :
- à une reconnaissance des bonnes pratiques environnementales (usage raisonné des intrants, biodiversité, gestion de la ressource en eau…) ;
- à une valeur ajoutée commerciale et d’image, plébiscitée par 72% des consommateurs français pour leurs achats alimentaires (Ipsos, 2023) ;
- à l’accès à certains marchés et appels d’offres, où la certification est exigée ;
- au bénéfice d’aides publiques nationales ou européennes, de plus en plus conditionnées à la mise en place d’engagements environnementaux.
Pour autant, la réussite d’une démarche HVE dépend avant tout de la méthodologie suivie par l’exploitation, des outils mobilisés et de l’adhésion de toutes les parties prenantes.
Comprendre les fondements et exigences du référentiel HVE
La HVE s’appuie sur un référentiel national structuré en trois niveaux progressifs (depuis la “certification environnementale de niveau 1” jusqu’au cœur du dispositif, la “HVE niveau 3”). Depuis le 1er janvier 2023, le niveau 2 n’est plus éligible, recentrant la certification sur le niveau 3, plus exigeant.
| Thématiques | Exigences principales du niveau HVE |
|---|---|
| Protection de la biodiversité |
|
| Phytosanitaire |
|
| Gestion de la fertilisation |
|
| Gestion de la ressource en eau |
|
Le référentiel prévoit deux voies d'accès au niveau 3 :
- Voie 1 : basée sur des obligations de moyens pour chaque pilier (biodiversité, stratégie phytosanitaire, fertilisation, gestion de l’eau).
- Voie 2 : basée sur des résultats quantifiés (indicateurs de performance environnementale, IPE), reposant notamment sur un seuil plancher de 10 points sur 20 pour l’ensemble des critères.
Déployer une démarche HVE : étapes de mise en œuvre
La réussite d’un projet HVE requiert une planification structurée, adaptée à la diversité des exploitations françaises. Voici un déroulé opérationnel, largement inspiré des retours de terrain et des préconisations de l’INAO (source INAO).
1. Diagnostic initial et mobilisation des acteurs
- Diagnostic HVE : Un audit initial permet d’identifier les pratiques actuelles, leurs écarts avec le référentiel et les pistes de progrès. De nombreux organismes proposent des outils d’autoévaluation (ITA, chambres d’agriculture, coopératives…).
- Engagement de la direction et du personnel : L’adhésion de la direction et l’information de l’équipe (salariés, famille, associés) sur l’intérêt de la démarche sont déterminantes.
2. Choix de la voie, plan d’action et rédaction de la charte
- Choisir la voie adaptée : Selon le profil (polyculteur, viticulteur…) et les acquis, le choix entre la voie des moyens ou celle des résultats se discute : les exploitants très engagés dans l’agroécologie choisissent souvent la seconde.
- Définir un plan d’action : Il s’agit de prioriser les actions à mettre en œuvre (modification des rotations, implantation de bandes enherbées, adaptation du matériel de traitement, amélioration du stockage des produits phytosanitaires…).
- Formalisation : La mise en place d’une charte interne (conseillée) aide à structurer les engagements vis-à-vis des salariés, des fournisseurs et des clients.
3. Mise en œuvre concrète sur l’exploitation
- Formation et montée en compétences : Des sessions spécialisées sur la biodiversité, la gestion raisonnée des traitements ou la fertilisation adaptée sont fortement recommandées (référencées au catalogue Vivea, OCAPIAT…).
- Suivi des indicateurs : Ceux-ci sont à renseigner tout au long du cycle, avec l’aide d’outils numériques spécialisés (ex. : Mes Parcelles, Isagri, Smag Farmer, Decalogue).
- Expérimentation et ajustements : Le retour d’expérience des autres producteurs certifiés est particulièrement précieux (clubs HVE départementaux, réseaux civam, etc.).
4. Audit externe et certification
- Choisir un organisme certificateur agréé : Il en existe 27 en France début 2024 (exemple : Bureau Veritas, Ecocert, SGS, Certis, Alpes Contrôles, Afnor Certification, etc.)
- Préparation de l’audit : Centraliser tous les enregistrements (carnet phyto, preuves biodiversité, résultats IFT, analyses de sol, documents de formation, plan d’irrigation…)
- Audit terrain : L’organisme tiers contrôle, in situ, la conformité des pratiques et des résultats. La durée de l’audit dépend de la taille et de la complexité de l’exploitation (de 1/2 journée pour 10 hectares à plus de 2 jours au-delà de 250 ha, source OCAPIAT).
- Délivrance du certificat (valable 3 ans) : L’audit positif permet d’obtenir le certificat, renouvelable après audit de suivi.
Points de vigilance et bonnes pratiques pour une HVE durable
Certaines erreurs ou oublis sont souvent constatés lors des premières démarches HVE, en particulier sur :
- La sous-estimation de la biodiversité : Les exploitations qui n’intègrent pas la haie, l’arbre isolé ou la mare dans la valorisation de la trame verte passent à côté de précieux points.
- L’oubli de certains enregistrements : Un suivi précis des IFT et des apports d’azote est indispensable. L’absence de traçabilité écrite est rédhibitoire lors de l’audit.
- Sous-dimensionner l’implication humaine : La mobilisation de l’équipe (encadrement, saisonniers) dans l’évolution des pratiques garantit leur ancrage durable.
- Négliger l’intégration technique : Sur certains territoires viticoles (Languedoc, Champagne…), l’échange d’expérience avec les pairs est un puissant levier d’amélioration continue, notamment face à des contraintes climatiques renforcées.
En pratique, on observe dans le secteur viticole une nette augmentation des demandes HVE depuis 2020 (+38% d’exploitations certifiées selon l’INAO), souvent tirée par la demande des négociants et l’adoption collective (caves coopératives adoptant la charte HVE pour l’ensemble de leurs adhérents, exemple de la Cave des Vignerons de Buzet).
Combien ça coûte et quels gains espérer ?
Le coût de la certification HVE varie :
- Entre 500€ et 1 800€ pour les PME et exploitations individuelles (audit initial + frais administratifs la première année) ;
- Réduit à 150–300 € par exploitant dans le cadre de démarches collectives (groupements de producteurs, caves coopératives) ;
- Des aides régionales ou nationales peuvent réduire de 30 à 80% la facture (source : Bpifrance / Régions de France, voir FranceAgriMer).
| Type d’exploitation | Coût moyen annuel (1re certification) | Possibilités de prise en charge |
|---|---|---|
| Plaisance individuelle (10 à 20 ha) | ~ 850 € | Aides Chambre d’agriculture, Région |
| Domaine viticole collectif (>100 ha) | ~ 250 €/adhérent | Fonds interprofessionnels, Région, FranceAgriMer |
En matière de valorisation économique, le différentiel de prix à la vente pour les produits HVE oscille en moyenne entre 5 et 18% selon les filières (vin, fruits, céréales…). Ce bonus dépend du niveau de communication, du réseau commercial et du positionnement des produits (par exemple, en grandes surfaces, les vins HVE gagnent +7 % de parts de marché depuis 2020, source Nielsen).
HVE, bio, IGP : articuler les démarches et anticiper les évolutions réglementaires
La HVE se distingue par son approche globale de l’exploitation, là où le label biologique se concentre sur le bannissement des intrants chimiques. Il n'existe aucune incompatibilité de principe : de fait, 30 % des exploitations HVE sont aussi engagées en bio ou en IGP/AOP. L’intégration simultanée de plusieurs démarches est encouragée dans de nombreuses filières, à la condition de bien maîtriser la cohérence des exigences documentaires et le calendrier des audits.
En 2024, la réforme de la PAC a accentué la prise en compte des pratiques HVE dans les écorégimes, ouvrant l’accès à des aides supplémentaires pour les exploitants. Par ailleurs, la réglementation nationale évolue vers un renforcement des contrôles et un allègement progressif des démarches pour les collectifs. Rester en veille sur les évolutions réglementaires et échanger avec son organisme de tutelle (Chambre d’Agriculture, syndicats de filière, interprofessions…) sécurise la démarche.
Perspectives : vers une HVE toujours plus intégrée dans les territoires
Adopter la HVE, c’est intégrer sa ferme ou son domaine dans une dynamique territoriale valorisante, éligible à des projets alimentaires territoriaux, à des circuits courts et à l’exportation avec un atout “Made in France” reconnu. On observe une montée en puissance des démarches HVE collectives, gage de mutualisation des coûts, de diffusion des bonnes pratiques et d’effets d’image sur l’ensemble d’une région ou d’une AOP.
Avec environ 35 000 exploitations certifiées mi-2024 (source INAO, chiffres consolidés), la France confirme son leadership européen en matière de certification environnementale volontaire. S’engager dans une HVE bien construite, c’est préparer une agriculture et une viticulture plus résiliente, visible et pérenne – un investissement stratégique à tout niveau.