Comprendre la certification HVE : origine, ambition, spécificité

La certification Haute Valeur Environnementale (HVE), créée en 2011, s’inscrit dans la logique du Grenelle de l’Environnement. Son objectif ? Reconnaître officiellement les exploitations agricoles qui vont au-delà de la réglementation en matière de pratiques respectueuses de l’environnement. La HVE repose sur quatre grandes thématiques : la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation, et la gestion de l’eau (Ministère de l’Agriculture).

Aujourd’hui, le secteur viticole est le moteur principal du développement de la HVE. En 2023, sur les quelque 32 500 exploitations certifiées HVE en France, plus de la moitié étaient viticoles (Source : FranceAgriMer). L’enjeu environnemental est d’autant plus crucial que la vigne occupe 3% de la SAU nationale, mais consomme à elle seule près de 20% des produits phytosanitaires (Chambre d’Agriculture).

Gestion de l’eau en HVE : quelles obligations et quels changements concrets ?

La gestion de l’eau est une composante majeure du cahier des charges HVE. L'évaluation porte sur deux volets : la préservation de la ressource et l’optimisation des pratiques d’irrigation ou d’arrosage.

Les critères HVE en matière de gestion de l’eau

  • Contrôle de l’irrigation : Les exploitations doivent justifier l’utilité de l’irrigation, l’adapter au strict nécessaire et utiliser des équipements peu consommateurs (goutte-à-goutte, sondes d’humidité).
  • Prévention des pollutions : Stockage et traitement adaptés des effluents phytosanitaires, couverture végétale des sols pour limiter le ruissellement et l’érosion.
  • Suivi des prélèvements : Tenue de registres précis des volumes et sources d’eau utilisées, conformité avec l’arrêté préfectoral local.
  • Protection des points d’eau : Implantation de bandes enherbées le long des rivières, mares ou fossés.

Des évolutions mesurables dans la pratique ?

Selon une enquête de l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin, 2022), 68% des vignerons HVE affirment avoir changé leur gestion de l’eau depuis leur entrée dans la démarche. Les points d’amélioration cités incluent :

  • L’installation de systèmes de goutte-à-goutte à la place de l’aspersion, réduisant l’évaporation, jusqu’à 40% d’économies d’eau sur certaines parcelles méridionales.
  • Le pilotage de l’irrigation à l’aide de capteurs d’humidité ou de tensiomètres : 21% des exploitations HVE viticoles en sont équipées (IFV).
  • Des plannings d’irrigation revus après cartographie des besoins, limitant les excès et les carences hydriques, notamment sur cépages précoces.

Ces efforts se traduisent par une baisse moyenne de 20 à 35% des volumes d’eau utilisés par hectare dans les exploitations HVE vigneronnes du Sud-Est entre 2016 et 2021 (Chambre d’agriculture du Gard). À titre de comparaison, la consommation d’eau à la vigne reste inférieure à celle de la grande culture, oscillant entre 700 et 1 200 m3/ha/an selon les millésimes et les régions.

Sols et certification HVE : vers une gestion plus résiliente et durable ?

La préservation des sols est l'un des piliers centraux du référentiel HVE. Il s’agit de garantir la fertilité, réduire l’érosion et limiter la pollution diffuse. Les exigences sont réparties sur deux axes : l’usage raisonné d’intrants et le maintien de la couverture végétale.

Exigences HVE sur la gestion des sols

Exigence Pratique attendue
Pas de nu sol nu Installation de couverts végétaux sur au moins 50% de l’interrang, ou semis de graminées/fabacées en automne pour structurer, fixer et enrichir le sol
Érosion sous contrôle Bandes enherbées, haies ou talus pour filtrer le ruissellement, limitation des passages d’engins
Gestion raisonnée de la fertilisation Suivi des analyses annuelles de sol, adaptation du plan de fumure, préférence aux produits organiques
Réduction des résidus phytosanitaires Traitements localisés, produits à faible rémanence, moindre nombre d’applications

Impact mesuré sur les qualités pédologiques

Plusieurs études régionales (INRAE Bordeaux, 2019 ; CIVC Champagne) mettent en avant des bénéfices tangibles dans les vignes certifiées HVE :

  • L’augmentation du taux de matière organique, liée à la restitution des sarments et à la décomposition lente des couverts végétaux : +0,2% de MO en moyenne en 5 ans dans 37 exploitations observées du Bordelais.
  • Une réduction des phénomènes d’érosion de 30 à 50% sur les vignobles en coteaux où des couverts hivernaux ont été mis en place (source : Rapport INRAE 2020).
  • Moins de tassements et meilleure porosité, améliorant la capacité d’infiltration des sols (+15 à 18%, mesures par infiltrométrie, CIVC Champagne 2021).

Du côté de la fertilisation, le passage à HVE s’est le plus souvent accompagné d’une diminution d’environ 18% des apports azotés minéraux, compensés par un retour aux amendements organiques ou composts locaux (source : enquête Chambre d’Agriculture Nouvelle-Aquitaine).

Quelques limites et critiques à prendre en considération

Si les effets de la HVE sont indéniables sur certaines exploitations impliquées, plusieurs experts nuancent son impact global. Le principal point de débat : le système d'évaluation par points et critères, qui laisse parfois la possibilité d’atteindre le niveau 3 (le seul certifiant officiellement) sans transformation majeure des pratiques sur l’eau ou les sols à proprement parler.

L’INRAE (2021) souligne, par exemple, que 35% des domaines déjà « proches » du critère HVE n’ont eu à réaliser que de légères adaptations, tandis que seuls 18% ont profondément transformé leurs pratiques phytosanitaires et hydriques. De plus, certains leviers majeurs, tels que l’irrigation raisonnée ou la diversification végétale, restent optionnels dans le référentiel.

Autre limite : la HVE ne contrôle pas toujours l’origine des intrants ni la qualité de l’eau utilisée pour les traitements. Ainsi, dans certaines régions soumises à un stress hydrique chronique, l’impact écologique de la certification dépendra grandement de la motivation de l’exploitant, et de la pertinence locale des actions engagées (source : Terre de Vins, 2023).

HVE en viticulture : entre progrès mesurés et attentes de la filière

Si la HVE ne constitue pas une révolution technique, elle favorise toutefois une dynamique d’amélioration continue dans la gestion de l’eau et des sols, et pose un cadre commun à l’échelle nationale. Elle a notamment permis de sensibiliser une large proportion du vignoble français à des questions autrefois peu intégrées dans les pratiques de routine.

Les prochains défis seront de renforcer l’exigence (réforme HVE en préparation, intégrant des critères plus contraignants sur les phytos, et l’irrigation), et surtout d’accompagner l’évolution vers plus de transparence et de résultats mesurés sur le terrain.

En filigrane, c’est toute la filière qui s'outille progressivement pour répondre à la pression réglementaire, à la rareté grandissante de l’eau, et à l’attente croissante de consommateurs attachés à la traçabilité et au respect de l’environnement. De plus en plus de vignerons le disent eux-mêmes : la certification HVE, si elle n’est pas parfaite, a permis de reconsidérer collectivement la gestion des ressources essentielles du terroir.

  • Ministère de l’Agriculture : Certification HVE
  • FranceAgriMer : Bilan des exploitations HVE 2023
  • INRAE Bordeaux, Rapport sols viticoles 2019
  • Institut Français de la Vigne et du Vin : Retour d’enquête HVE 2022
  • CIVC Champagne : Données sur la porosité des sols 2021
  • Terre de Vins, « HVE : où en est-on vraiment ? » – 2023