HVE : une démarche environnementale en pleine ascension dans le vignoble français
La certification Haute Valeur Environnementale (HVE) a bouleversé le paysage viticole français en incitant les exploitants à s’engager pour une viticulture plus responsable. Selon le ministère de l’Agriculture, en 2023, près de 19 000 exploitations agricoles, dont plus de la moitié viticoles, étaient certifiées HVE, soit environ 22 % du vignoble national (Ministère de l’Agriculture).
Cette dynamique, portée par la demande des consommateurs et la réglementation, doit beaucoup au soutien de l’État, de l’Union européenne et des collectivités. Mais comment ces aides publiques se matérialisent-elles concrètement pour les vignerons ? Quels dispositifs sont accessibles, sous quelles conditions, et avec quels impacts réels sur la transition environnementale des exploitations ?
Les principes de la HVE : un cahier des charges exigeant
La certification HVE (issu de la loi Grenelle II) s’articule autour de quatre piliers fondamentaux :
- Biodiversité de l’exploitation (haies, bosquets, bandes enherbées, etc.)
- Stratégie phytosanitaire (réduction du recours aux intrants)
- Gestion de la fertilisation (raisonnement des apports, préservation des sols)
- Gestion de la ressource en eau
Atteindre la HVE niveau 3, le plus élevé, suppose des évolutions de pratiques parfois coûteuses (matériel, formation, aménagement, suivi). D’où la nécessité d’un appui financier, très structurant pour les petites et moyennes exploitations.
Les principaux dispositifs d’aides publiques mobilisables
Les exploitants viticoles engagés dans la démarche HVE peuvent bénéficier d’un panel d’aides, mobilisables à différents échelons. Tour d’horizon structuré des principaux dispositifs :
1. Les aides européennes du Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural (FEADER)
- La mesure « conversion à l’agriculture biologique » : souvent cumulable avec la certification HVE, elle propose des subventions de 100 à 150 €/ha/an, selon les régions (Agence Bio).
- Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) : les vignerons HVE peuvent accéder aux MAEC "phyto", "biodiv" ou "herbe et prairies", avec des aides allant jusqu’à 250 €/ha/an pour des engagements spécifiques.
En 2022, près de 12 % de l’enveloppe FEADER nationale était consacrée à des mesures environnementales touchant la viticulture (Ministère de l’Agriculture).
2. Les aides nationales : le Plan de Compétitivité et d’Adaptation des Exploitations Agricoles (PCAE), FranceAgriMer, etc.
- PCAE : subventions jusqu’à 40 % du montant des investissements éligibles (matériels de réduction des intrants, stations météo connectées, plantations de haies, etc.).
- FranceAgriMer : appuis spécifiques pour la restructuration du vignoble ou le financement de matériels alternatifs (enjambeurs de désherbage mécanique, etc.).
- Fonds d’assurance-récolte : bonification pour les exploitations HVE sur les contrats couvrant les aléas climatiques.
Selon le rapport FranceAgriMer 2022, plus de 8 M€ ont été affectés à l’accompagnement de la transition environnementale des vignobles, la majorité étant fléchée vers des investissements matériels compatibles HVE.
3. Les aides régionales et départementales
De nombreuses régions viticoles (Bordeaux-Aquitaine, Occitanie, Bourgogne-Franche-Comté) ont adopté des politiques incitatives à l’engagement HVE :
- Primes à la certification HVE : jusqu’à 2 500 € par exploitation pour abaisser le coût de la démarche (audit, accompagnement technique).
- Appels à projets « biodiversité » : aide à l’aménagement de zones refuges (mares, murets, nichoirs), avec des subventions comprises entre 30 et 60 % du montant total (source : Région Bourgogne-Franche-Comté).
- Formations et conseil stratégique : financement de journées de formation ou de l’appui par un conseiller HVE (jusqu’à 80 % pris en charge dans certains départements, selon le dispositif VIVEA ou Fonds FEADER régional).
Les étapes pour accéder aux aides HVE : un processus exigeant mais structurant
La plupart des aides exigent de respecter un parcours balisé :
- Obtention préalable ou en cours du certificat HVE niveau 3 : délivré par un organisme certificateur accrédité (Bureau Veritas, Qualisud, etc.).
- Montage d’un dossier d’aide : souvent assisté par un conseiller chambre d’agriculture, un groupement d’employeurs ou une coopérative.
- Justificatifs techniques précis : plan de gestion de la biodiversité, historique de l’utilisation d’intrants, factures ou devis de l’investissement envisagé.
- Respect des délais de dépôt : certains dispositifs se basent sur un principe de "premier arrivé, premier servi".
- Suivi et évaluation : remises de bilans techniques ou financiers, contrôles sur site.
Une vigilance particulière est demandée sur le cumul de certaines aides, afin d’éviter les doubles financements interdits par la réglementation européenne (notamment depuis la programmation PAC 2023-2027).
Impacts des aides publiques : quelques chiffres clés et retours d’expérience
Les effets de l’intervention publique sont tangibles :
- Entre 2017 et 2022, le nombre d’exploitations certifiées HVE en viticulture a été multiplié par 7, selon l’INAO (INAO), un essor corrélé à la hausse de l’offre de subventions sur la période.
- En Champagne, 60 % des exploitants ayant bénéficié d’aides régionales pour la certification HVE ont en parallèle investi dans la gestion différenciée de l’enherbement, réduisant l’usage d’herbicides de plus de 40 % (source : Observatoire Régional de l’Environnement Grand Est, 2023).
- Dans le Bordelais, près d’un tiers des nouvelles surfaces certifiées HVE entre 2020 et 2023 ont été portées par de petites structures familiales ayant pu franchir le pas grâce à la prise en charge d’au moins 50 % du coût des audits initiaux par le Conseil Régional.
| Région | % de vignobles HVE (2023) | Aide moyenne par exploitation |
|---|---|---|
| Nouvelle-Aquitaine | 25 % | 2 100 € |
| Occitanie | 19 % | 1 800 € |
| Bourgogne-Franche-Comté | 28 % | 1 900 € |
Source : Chambres régionales d’agriculture, bilans HVE 2023.
Limites et perspectives d’évolution des dispositifs
Si le soutien est décisif, les professionnels relèvent plusieurs limites :
- Risque de stop & go des dispositifs (variabilité des appels à projets, enveloppes vite épuisées dans certaines régions)
- Complexité administrative, qui freine parfois les plus petites exploitations
- Nécessité d’une meilleure reconnaissance du coût de la certification HVE proprement dite (souvent absent des aides nationales hors dispositifs régionaux spécifiques)
Le projet « plan Écophyto II+ » et la PAC 2023-2027 prévoient néanmoins de renforcer et stabiliser le fléchage des aides ciblant la HVE, avec par exemple une reconnaissance accrue de la HVE dans la conditionnalité des paiements directs et le développement des éco-régimes.
Ouverture : la certification HVE, une carte à jouer pour les exploitants et les territoires
L’appui public reste un levier majeur pour ancrer la HVE dans les pratiques viticoles, accéder à de nouveaux marchés et répondre aux attentes sociétales en matière de responsabilité environnementale. L’enjeu est aussi collectif : une viticulture engagée, mieux soutenue, c’est un territoire valorisé et une filière compétitive à l’international. Pour les exploitants, s’informer régulièrement sur les dispositifs activables et partager les retours d’expérience au sein des filières territoriales demeurent essentiels pour maximiser l’impact de ces soutiens et faire progresser toute la viticulture vers une exemplarité durable.