Pourquoi se poser la question de la norme : un enjeu stratégique dans l’agroalimentaire sucré

Pour un fabricant français de produits sucrés, la certification sécurité alimentaire n’est plus un avantage concurrentiel, mais une exigence fondamentale. Les distributeurs (GMS, grossistes, importateurs) l’exigent désormais systématiquement avant toute commercialisation à l’échelle nationale ou internationale. Deux référentiels dominent aujourd’hui pour ces marchés : IFS Food (International Featured Standard Food) et BRCGS Food Safety (Brand Reputation through Compliance Global Standard). Ces deux normes sont reconnues par la GFSI (Global Food Safety Initiative) et s’adressent aux acteurs de la transformation alimentaire. Mais comment choisir, en 2024, celle qui s'accorde le mieux à une entreprise française spécialisée dans le sucré : biscuits, bonbons, chocolaterie, pâtisseries industrielles, caramels, etc. ?

Présentation succincte des référentiels IFS Food et BRCGS

Critère IFS Food BRCGS Food Safety
Origine Allemagne/France (initiée par la grande distribution franco-allemande) Royaume-Uni (initiative de la grande distribution britannique)
Langues officielles Français, Anglais, Allemand, etc. Anglais principal (traductions disponibles)
Reconnaissance internationale Très forte (Europe continentale) Très forte (Royaume-Uni, Amérique du Nord, Asie)
Fréquence d’audit Annuel (avec possibilité d’« announced/unannounced ») Annuel (similaire, mais « unannounced » favorisé)
Philosophie Culture qualité, maîtrise des dangers, food defense Système rigide, documentation exhaustive, food fraud

Sources : IFS [site officiel], BRCGS [site officiel], GFSI [site officiel]

Ce que recherchent distributeurs et clients français (et européens)

En Europe centrale et méridionale, l’IFS Food est souvent privilégié par la plupart des chaines de distribution (Carrefour, Auchan, Leclerc, Metro…). À l’inverse, le BRCGS reste la référence pour conquérir les rayons des enseignes britanniques (Tesco, Sainsbury’s) ou s’ouvrir les marchés d’export Nord-américains et asiatiques, où il est particulièrement valorisé (source : LSA Conso).

  • Pour la GMS française, IFS Food est fréquemment « exigé » dans les cahiers des charges. À noter, selon la Fédération des Entreprises du Commerce et de la Distribution (FCD), plus de 70 % des produits MDD sucrés référencés en France passent par cette certification.
  • Pour l’export vers UK/USA/Asie, le BRCGS est le sésame le plus universel auprès des acheteurs étrangers.
  • Pour les plateformes type Amazon, Costco, Aldi international, l’une ou l’autre norme suffit en général – à condition qu’elle soit réalisée par un organisme accrédité par la GFSI.

Points de convergence et grandes différences entre IFS Food et BRCGS

Les exigences de fond : hygiène, HACCP et gestion des risques

Les deux référentiels reposent sur une base commune :

  • Mise en œuvre du HACCP/Analyse des dangers
  • Maîtrise des prérequis : hygiène, traçabilité, gestion allergènes, etc.
  • Contrôle de la chaîne documentaire et de l'étiquetage
  • Programme de vérification interne (audits, tests...)
  • Engagement de la direction, implication du personnel

Des différences notables : culture, approche de la notation, focus sectoriels

  • Mode d’audit : Le BRCGS impose plus fréquemment l’audit inopiné (« unannounced audit »). Depuis la version 8 (2019), il est fortement incité pour obtenir les niveaux les plus élevés, synonyme de confiance. L’IFS Food le propose, mais reste plus flexible.
  • Notations : IFS Food applique une grille de score (A à D), là où BRCGS attribue simplement un grade (AA, A, B, etc.). Cela influence la communication vis-à-vis des partenaires commerciaux : certains valorisent la précision du résultat IFS, d’autres préfèrent la lisibilité du grade BRCGS.
  • Gestion de la fraude alimentaire : Le BRCGS s’affirme précurseur sur ce point, imposant une analyse détaillée des risques de fraude dès 2015. L’IFS a renforcé ce volet progressivement.
  • Adaptation à la taille de l’entreprise : Les TPE/PME françaises trouvent généralement la structure IFS plus proportionnée à leurs moyens, BRCGS étant perçu comme encore plus normatif et documenté.

Cas concret : fabricant français de biscuits et confiseries

Interrogeons quelques situations réelles vécues ces cinq dernières années par des entreprises du secteur des produits sucrés :

  • PME de biscuits régionaux (20 salariés, distribution GMS régionale/nationale) : 95% des clients demandent l’IFS Food. La direction qualité privilégie donc la certification IFS, moins lourde administrativement, plus proche de la culture d’entreprise, et surtout alignée sur les attentes locales.
  • Chocolaterie à fort potentiel export (CA >10 M€, ambitions sur UK et USA) : Face aux demandes croissantes de leurs clients aux États-Unis et au Royaume-Uni, la bi-certification (IFS + BRCGS) est devenue la norme pour rassurer nouveaux et anciens partenaires.
  • Start-up innovante en pâtisserie industrielle (e-commerce et magasins spécialisés) : Pour s'ouvrir à la fois aux enseignes françaises et à la distribution hors-hexagone, l’audit combiné est retenu. Certaines plateformes d’audit (Eurofins, Bureau Veritas, SGS) proposent l’audit multicertification en 2-3 jours, optimisant coûts et charges administratives.

Cette tendance à la double certification progresse. Selon FoodNavigator et Synabio, plus de 25 % des usines sucrières (toutes tailles confondues) affichent aujourd’hui les deux logos sur leurs documents qualité pour maximiser leur souplesse commerciale.

Coût, durée et gestion du processus de certification

Critère IFS Food BRCGS Food Safety
Durée d’audit (moyenne PME) 1 à 2 jours 1 à 2 jours
Coût d’audit (hors préparation) 2 000 € à 4 500 € (selon taille, organisme, nombre de sites) 2 000 € à 5 000 € (idem)
Préparation/dossier Souvent jugé plus « concis » et moins fastidieux Plus lourd en documentation écrite / process
Périodicité Annuelle (parfois 18 mois si excellents résultats) Annuelle

Source : AFNOR Certification, SGS France, 2023.

Aspects différenciants pour le secteur du sucré

Le volet allergènes, contamination croisée

Dans le secteur sucré, le contrôle des allergènes (arachides, fruits à coque, œufs, lait, gluten…) est un point de vigilance fort. Les deux normes abordent ce point, mais BRCGS pousse l’analyse du risque à un niveau encore plus élevé, imposant cartographies, simulations de crise, procédures renforcées pour toute nouvelle recette. L’IFS requiert également ces démarches, mais permet davantage d’adaptation à la taille et à la nature de l’atelier.

Gestion des certifications additionnelles

Pour les entreprises engagées en Label Rouge, AOC, Bio, la compatibilité des procédures HACCP/IFS/BRCGS avec les exigences de production est à anticiper. Certaines exigences IFS sont plus aisées à articuler avec les référentiels français, tandis que BRCGS demande parfois un surcroît de documentation (nécessité de versions anglaises pour les marchés exports).

Tableau comparatif simplifié : points-clés pour trancher

Critère IFS Food BRCGS Food Safety
Meilleure reconnaissance en France Oui Moins
Facilité pour PME/TPE françaises Oui Plus complexe
Préférence à l’export (UK/USA/Asie) Correct (moins au UK, USA) Excellente
Allergènes – exigence poussée Élevée Très élevée
Audit inopiné imposé Recommandé Systématique si grade maximal
Coût / charge documentaire Modéré Plus élevé

Résumons : critères de choix pour une entreprise française du sucré

  • Avez-vous une clientèle principalement française (GMS/MDD) ? L’IFS Food est, dans 90 % des cas, le choix de référence.
  • Votre stratégie vise-t-elle l’export anglo-saxon ? Le BRCGS, voire une double certification, est conseillé.
  • Quelle est la maturité de votre système qualité, l’appétence documentaire de vos équipes ? L’IFS séduit par sa flexibilité, le BRCGS par sa rigueur exhaustive.
  • Anticipez aussi l’évolution des exigences clients :  de plus en plus de donneurs d’ordre internationaux souhaitent consulter les plans d’actions, années d’audit antérieures, etc.
  • Attention à la langue :  le BRCGS est, à l’international, un « must », mais il suppose une aisance en anglais pour les audits et la documentation client.

En pratique, une grande majorité des PME sucrières françaises commence par l’IFS, puis s’oriente vers la double certification au fil de leur croissance à l’export. Finalement, le choix du référentiel doit s’appuyer sur la réalité du marché, la culture de l’entreprise, la taille et la complexité des gammes produits, ainsi que la capacité à suivre une démarche qualité exigeante sur la durée.

Pour aller plus loin :

  • IFS Food – Version 8 – Texte officiel
  • BRCGS Food Safety – Standard Global – Texte officiel
  • Infographie IFS vs BRCGS – Synabio, 2023