Origines et évolution des deux labels : histoire de symboles

Les premières règles officielles encadrant l’agriculture biologique en France datent de 1981, avec la création de la marque nationale « AB » portée par l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité). Ce logo graphique, devenu familier, s’est imposé dans l’imaginaire collectif et reste un repère fort pour les consommateurs français (Source : INAO).

Le label « Bio » européen (l’Eurofeuille), quant à lui, naît en 2010 avec le règlement (CE) n°834/2007, puis (UE) 2018/848, harmonisant les pratiques bio à l’échelle des 27 pays membres. Son objectif est de créer une base commune minimale pour tous les produits issus de l’agriculture biologique commercialisés dans l’UE (Source : Eur-Lex).

  • AB : Un logo lancé en 1985, géré par l’INAO, uniquement valable en France
  • Eurofeuille : Un logo obligatoire depuis juillet 2010 sur tous les produits bio européens préemballés

À noter : depuis 2012, des produits bio fabriqués et/ou commercialisés en France peuvent arborer à la fois la feuille AB et la feuille verte européenne, mais présenter l’un sans l’autre n’est parfois plus possible, notamment pour les produits importés ou exportés (Source : Agence Bio).

Cadres réglementaires : national vs. européen

Le règlement européen : une base commune

  • Le label Bio européen est basé sur un règlement unique pour tous les États membres (UE 2018/848), harmonisant les exigences applicables à l’ensemble de la chaîne : production, transformation, importation, distribution et étiquetage.
  • Tous les organismes certificateurs s’appuient sur cette législation, révisée pour intégrer de nouveaux produits (ex. : sel, laine, cire d’abeille) et contrôler les risques de contamination croisée.

Le « + » du label AB français

  • Le label « AB » était historiquement plus strict sur certains critères (ex : OGM, taux d’ingrédients non bio), mais depuis l’harmonisation européenne, il se cale désormais quasi entièrement sur le règlement UE.
  • L’AB français peut encore préciser certaines modalités d’application, apporter des exigences complémentaires locales (ex : sur les conditions de mise en marché, les contrôles additionnels, la transparence), ou valoriser les filières françaises.

Ainsi, le label AB agit aujourd’hui en surcouche de l’Eurofeuille : il s’affiche quand l’opérateur est certifié selon les exigences européennes et choisit de s’inscrire dans la démarche AB (Source : INAO, Agence Bio).

Exigences techniques et différences concrètes

Critère Label AB (France) Label Bio européen
Produits éligibles Agroalimentaires, vins, certains textiles Idem, plus substances de base et nouveaux produits (à compter de 2022)
OGM Exclusion stricte (<0,9% OGM fortuit possible selon UE) Idem, 0,9% maximum toléré fortuitement
Ingrédients non bio autorisés 5% max, mais certaines exceptions 5% max, exceptions similaires
Produits transformés Au moins 95% d’ingrédients agricoles bio Idem
Contrôles 1 audit/ an minimum, renforcé par la DGCCRF, possibles audits inopinés Idem, contrôles harmonisés mais délégués aux autorités nationales
Transparence origine Origine protégée, obligatoire si AB seul Obligation d’indiquer « agriculture UE/non UE »
Communication Réservée au marché français, très connue des consommateurs Apposable partout en Europe, obligatoire sur emballage

Les différences majeures portent donc sur l’étiquetage, la communication et, dans certains cas, des exigences additionnelles posées par l’INAO ou les cahiers des charges français.

Contrôles, certifications et acteurs de la filière

La certification est strictement encadrée dans les deux systèmes :

  • Organismes certificateurs agréés : En France, une dizaine d’organismes indépendants (Ecocert, Certipaq, Bureau Veritas Certification, etc.) sont agréés par l’État pour délivrer à la fois la certification européenne et AB.
  • Contrôles annuels obligatoires : Minimum un audit complet par an, avec possibilités de contrôles inopinés, prélèvements et enquêtes supplémentaires en cas de suspicion.
  • Immatriculation et traçabilité : Chaque opérateur bio a un numéro d’agrément qui figure dans l’étiquetage, permettant de remonter la chaîne de production.

Un chiffre clé : en 2023, la France compte plus de 60 000 exploitations engagées en bio, soit près de 10% de sa surface agricole utile (SAU), premier pays européen en nombre de producteurs certifiés (Source : Agence Bio, chiffres 2023).

Reconnaissance, valeur perçue et enjeux pour les filières

Le logo AB reste, auprès des consommateurs français, un repère de confiance : 94% des foyers le connaissent (vs. 86% pour l’Eurofeuille) selon le baromètre Agence Bio 2022. Il exprime pour beaucoup un lien au territoire et un engagement plus fort.

L’Eurofeuille, quant à elle, a permis l’essor d’un marché bio européen harmonisé (plus de 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021 selon IFOAM EU). Elle facilite l’export et garantit une reconnaissance transfrontalière, essentielle pour les exportateurs français.

  • AB : Puissance de l’attachement national, soutien des filières françaises, outils pédagogiques dédiés.
  • Eurofeuille : Normalisation à l’échelle de l’UE, reconnaissance à l’export, contrôle des importations.

Anecdote : lors des crises sanitaires (ex : résidus de pesticides dans les fraises espagnoles en 2019), la double présence des deux logos a été utilisée par certains distributeurs français pour rassurer et différencier leur offre, en accentuant la traçabilité et les contrôles démultipliés.

Foire aux questions et situations concrètes : ce qu’il faut retenir sur les deux labels

  • Peut-on trouver un produit AB qui ne soit pas Eurofeuille ?
    • Non, sauf exception très rare ou en cas de productions nationales ultra-locales, toute certification AB implique aujourd’hui le respect du règlement européen et donc l’éligibilité à l’Eurofeuille.
  • Un produit importé de l’UE peut-il porter le logo AB ?
    • Non, seuls les opérateurs français peuvent valoriser le logo AB, après certification validée en France. Les produits importés arborent uniquement l’Eurofeuille.
  • Les contrôles sont-ils plus poussés avec AB ?
    • En pratique, les cahiers des charges sont équivalents, mais les contrôles peuvent être majorés en France par la DGCCRF.

Vers quelle certification s’orienter ? Perspectives pour les producteurs et consommateurs

Pour les producteurs français, la certification AB reste intéressante pour le marché national, tant pour l’image que pour la reconnaissance instantanée. À l’inverse, l’Eurofeuille s’impose pour toute visée européenne ou exportatrice. Le double étiquetage devient la norme pour la majorité des grandes marques et coopératives françaises.

Du point de vue du consommateur, choisir un produit AB ou Eurofeuille offre une garantie similaire sur l’exclusion des OGM, la limitation stricte des pesticides de synthèse, la protection de la biodiversité et le bien-être animal. Mais, pour une majorité, le logo AB demeure synonyme de « produit français ou façonné localement », alors qu’un produit « bio européen » peut provenir de tout territoire membre.

Pour aller plus loin

  • Agence Bio : Statistiques, explications détaillées sur la filière française
  • INAO : Textes réglementaires, règlements d’usage du logo AB
  • Eur-Lex : Accès à la réglementation européenne sur le bio
  • IFOAM EU : Chiffres clés sur le marché du bio en Europe (rapport annuel disponible)

Comprendre la distinction AB vs. Eurofeuille est un atout, non seulement pour faire des choix plus éclairés mais aussi pour soutenir, par son achat, le modèle agricole et les valeurs que l’on souhaite voir prospérer dans nos territoires et au-delà.